La carrière de Vaucelles
Au croisement de la D123 et de la D98, quand vous venez de Saintines, tournez vers Vaucelles. Mais ne vous arrêtez pas et évitez d'ouvrir les vitres de votre voiture. Cette odeur pestilentielle provient des produits chimiques enfouis dans l'ancienne carrière, en haut de la colline.

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Pendant 10 ans, de 1963 à 1973, la société Rodanet y a déversé des déchets industriels chimiques.
Solvants usagés, produits inflammables, liquides acides, hydrocarbures, acide chlorhydrique…le mélange est impressionnant.
Les quantités en jeu sont énormes, et on a peine à imaginer le nombre de camions qui ont du monter la côte :
On parle de 18.000 m3 de déchets et terres souillées proches de la surface, de plus de 20.000 tonnes de produits toxiques infiltrés en profondeur ! !
Sans une action draconienne, la durée estimée de la contamination est comprise entre soixante ans et plusieurs centaines d'années ! !
Un site " parfait " !
La carrière est évidemment un lieu " idéal ", du point de vue de Rodanet, pour son activité : des galeries pour entreposer du matériel et des déchets solides, et une configuration géologique particulièrement intéressante : en effet, sous le calcaire de surface, le sous-sol est constitué de sables.
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Deux techniques principales sont alors utilisées par Rodanet :
- la première consiste à combler les galeries avec des fûts préalablement percés de deux trous, ce qui permet aux liquides de fuir et pénétrer le sol.
- la seconde consiste carrément à déverser des citernes entières de produits chimiques dans les fosses de la carrière. Au préalable, on aura " cassé " la dalle de calcaire avec de l'acide afin de faciliter le transit vers le sable. En quelques heures, tous les liquides déversés sont infiltrés, et une autre citerne peut être déversée dans les fosses.
Les risques environnementaux et sanitaires
Mais le sable de la colline n'est pas une bouteille étanche ! les déchets liquides s'infiltrent et ressortent au pied de la colline par les résurgences naturelles. Les première atteintes à la végétation ont été remarquées en 1981-1982, et à partir de 1983 la pollution de la nappe souterraine a provoqué le dépérissement des peupleraies au pied de la colline.

Les risques environnementaux et sanitaires sont de plusieurs ordres :
- l'émergence dans la vallée de l'Automne d'eaux polluées
- des émissions atmosphériques dangereuses pour la santé par suite de la présence détectée de molécules toxiques (chlorure de vinyle)
- la contamination des nappes aquifères, et une menace à terme sur les captages d'eau potables, en particulier celui de Verberie.
Où sont les responsables ?
Avec le temps , les responsables ont disparu…La carrière a changé de propriétaires plusieurs fois entre 1973 et 1977, l'activité "déchets" a été cédée à la SARP en 1973. En 1977 un miraculeux incendie a brûlé toutes les archives qui auraient permis d'identifier avec précision l'origine effective des produits enfouis !
Rodanet disparaîtra complètement en 1992 avec sa liquidation judiciaire …
Depuis 1986, c'est l'état, qui a pris en charge l'étude et l'assainissement de ce point noir, par l'intermédiaire de l'ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie).
Qu'est-ce qui a été fait jusqu'à aujourd'hui ?
En 1988 et 1989, l'ADEME fit procéder à l'évacuation de 1300 tonnes de déchets présents sur le sol de la carrière.
Puis de 1990 à 1998, rien ne bouge si ce n'est une douzaine d'études chimiques, géologiques, sanitaires, financées sur fond public, la mise en place de "piézomètres" dans la vallée en aval de la carrière pour mesurer la pollution chimique. Plus de 20 millions de F dépensés, mais quelles réalisations concrètes ?
Tranchées drainantes, pompages par cannes aspirantes depuis la surface, écran étanche pour protéger la vallée, tout a été envisagé. Jusqu'à l'enlèvement complet des déchets, liquides et terres polluées de la carrière, un budget de 200.000.000 de Francs (30 millions d'euros) !
Devant de tels budgets, l'incertitude des résultats, l'Etat avait du mal à suivre ! Il n'a pas suivi….
La nomination d'experts indépendants
En 1998 cependant, l'Association des Riverains de la Décharge a demandé et obtenu la nomination d'experts indépendants pour arriver à des solutions concrètes. Il sont rendu leurs conclusions en décembre 1999.
Leur préconisation :
1 - mettre en place immédiatement un drainage superficiel enterré, pour extraire les effluents pollués émergents de la colline, puis traiter ces effluents "par charbon actif" dans une station d'épuration. Une solution partielle, qui devrait apporter une solution aux nuisances olfactives et réduire les risques de transfert par l'air. Un système qui devra être maintenu pendant des décennies…voire des siècles !
2 - mesure d'urgence: la création d'un "puits de fixation" en amont du captage d'eau potable de Verberie, pour empêcher les eaux polluées de s'écouler vers ce captage. Les eaux pompées dans le puits seraient traitées avant d'être rejetées dans l'environnement.
3 - un ouvrage d'interception des flux profonds pour stopper tout transfert vers la vallée, avec des "portes" où rassembler les eaux polluées pour les traiter. La forme et la profondeur de cet ouvrage restent encore à déterminer ….